A toi, la femme de mai 68

Aujourd’hui c’est la journée mondiale des droits des femmes. Et je pense à toi, la jeune femme de mai 68, aujourd’hui retraitée qui a participé à cette « libération ». Je pense à toi quand je materne, quand je suis à la maison en travaillant de manière informelle. Tu dois t’arracher les cheveux et regretter ce soutien-gorge brûlé symbole du carcan d’une société patriarcale. Tu as lu Élisabeth Badinter et hurle sûrement « mais pouuuurrqqquoi » en voyant ces femmes qui décident de rester chez elles pour s’occuper de leurs bébés, un an, trois, dix, parfois toute une vie. Elles allaitent en plus ! Parfois jusqu’à 2-3-4-6 ans. Une totale régression.

Tu as encore mal à la nuque à force de t’être cognée au plafond de verre. Tes collègues masculins étaient mieux payés que toi et c’est encore le cas des collègues de ta fille. Travailler à l’extérieur, être indépendante financièrement c’était ça le nouveau modèle à suivre, la solution. Ce pour quoi tu t’es battue. Ma génération, inspirée de quelques outsiders, veut tout avoir. Réinventer la notion de féminisme, la questionner. Nous aimerions ne pas faire de choix entre vivre notre maternage et travailler. Alors bon, c’est vrai c’est pas gagné. La société ne nous le rend pas encore bien.

Quand tu décides d’élever ton enfant, tu te retrouves seule, enfermée entre quatre murs avec ton bébé dans les bras. Tu es mère mais tu n’es plus que ça. Quand tu veux retourner travailler cette même société qui poussent les mères à payer quelqu’un pour élever ton enfant considère que dès lors que c’est toi qui t’en charge ce n’est plus un travail, plus valorisant. Tu n’imagines pas à quel point j’aurais aimé vivre avec d’autres chasseurs cueilleurs et répondre aux besoins de mon enfant tout en travaillant, en ayant une place reconnue dans la société, en n’étant pas exclu du groupe. Si j’avais pu rester journaliste dans une rédaction, j’aurais adoré partir en reportage avec mon bébé en écharpe que j’aurais laissé gambader à mes pieds dans mon bureau. Mais ce n’était pas possible. J’ai donné la vie à un bébé qui avait des besoins et j’ai eu envie d’y répondre. A l’échelle d’une vie je savais que ce temps était très court. Je n’étais pas indépendante financièrement c’est vrai. Mais qui dit que mon mari l’a toujours été et le sera toujours ? Le modèle n’est-il pas à réinventer ?

Tu te souviens de ce pincement au cœur que tu as ressenti en déposant ton enfant chez la nourrice, ces larmes sur tes joues sentant bien que quelque chose clochait. Tu n’as peut-être pas eu le choix car c’est comme ça que cela devait être, financièrement c’était compliqué et socialement pas admis. Et puis il y a aussi tes collègues, celles pour qui avoir un enfant oui mais s’en occuper toute la journée sûrement pas et j’entends très bien ce discours. Parce que nous sommes des femmes mais avant tout des individus.

Juste pour aujourd’hui j’aimerais que nous nous donnions toutes la main et que nous arrêtions de nous juger. Rien n’est acquis pour nous et j’ai même peur pour nos filles quand je vois ce qui se passe dans le monde. Nous n’appartenons à personne. Ni à nos pères, ni à nos maris, ni aux patrons. Je n’ai peut-être pas la vie que tu voulais pour moi, pour toutes les femmes. Je ne supporte pas les discours injonctifs et parfois ton incompréhension ou tes jugements me blessent mais je sais que mes choix te renvoient aux tiens et sache que cela n’a pas toujours été évident pour moi non plus. Mais si ce choix n’a pas été évident c’est qu’il en a été un et si je l’ai eu c’est grâce à toi et je t’en remercie.

Aimons-nous et surtout écoutons-nous

Emmanuelle

Une réflexion sur “A toi, la femme de mai 68

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